Comment le numérique intervient-il dans les arts vivants de l'industrie culturelle ?

Analyse des transformations apportées par les technologies numériques dans le domaine des arts du spectacle et leur impact sur les nouveaux publics.

Introduction

Présents depuis toujours dans nos cultures et sociétés, les arts vivants ont su traverser les époques de notre Histoire tout en s'adaptant aux nouveautés émergentes, laissant libre cours à leur créativité. Chaque innovation est une nouvelle opportunité de créer et d'immerger les spectateurs dans un monde nouveau, n'est-ce pas ?

Commençons par quelques définitions afin d'éclaircir le sujet. D'après le site officiel du ministère de la culture1, un art vivant est un entrepreneur de spectacles vivants qui, en vue de la représentation en public d'une œuvre de l'esprit, s'assure de la présence physique d'au moins un artiste du spectacle percevant une rémunération. Parmi eux, on retrouve le théâtre bien sûr (classique, contemporain, humoristique) mais aussi la danse, les arts et spectacles de rue, les arts du cirque, les arts de la marionnette, l'opéra, la musique live, l'illusionnisme et la poésie... En excluant cependant les spectacles sportifs, les corridas, les spectacles enregistrés, les jeux, l'organisation de défilés de mannequins, les visites guidées ou les repas théâtralisés.

Le numérique quant à lui ne représente que des données, des 0 et des 1. Didier Dubasque dans son ouvrage Comprendre et maîtriser les excès de la société numérique2 le définit comme "toutes les applications qui utilisent un langage binaire qui classe, trie et diffuse des données". Ce terme englobe les interfaces, smartphones, tablettes, ordinateurs, téléviseurs, ainsi que les réseaux qui transportent les données. Il envisage à la fois les outils, les contenus et les usages. Ce mot générique, sans âme artistique, a besoin d'être associé à d'autres termes.

Les arts vivants et le numérique semblent être des termes paradoxaux, mais dans ce sujet nous parlons plus précisément de la pratique numérique au sein des arts vivants de l'industrie culturelle. Celle-ci se définit simplement par l'activité humaine que les artistes déploient dans un environnement socio-technique, avec les technologies de l'information et de la communication au service des arts vivants dans l'industrie culturelle.

Pour illustrer ces pratiques, nous pouvons par exemple citer Pixel, le spectacle de Mourad Merzouki caractérisé par une scénographie numérique qui accompagne des danseurs ou encore l'adaptation des offres culturelles aux pratiques numériques, avec l'ouverture de billetterie en ligne afin de lutter contre le vieillissement du public.

En effet, Olivier Donnat dans son étude3 nous explique que "Les conditions d'accès à l'art et à la culture ont profondément évolué sous les effets conjugués de la dématérialisation des contenus, de la généralisation de l'internet à haut débit et des progrès considérables de l'équipement des ménages en ordinateurs, consoles de jeux et téléphones multimédias". Autrement dit, l'accès à la culture et à l'art a été bouleversé par l'arrivée des outils numériques. Il a également été étudié que cela a créé un écart avec la hausse de l'âge moyen des spectateurs des arts vivants.

Ces constats nous poussent à nous demander comment les pratiques numériques transforment-elles les arts vivants et contribuent-elles à attirer un public plus jeune au sein de l'industrie culturelle ?

Au cours de cette réflexion, nous aborderons d'abord l'essor de la culture des écrans et son impact sur les arts vivants, puis nous verrons la pratique numérique au service des arts vivants. Enfin, nous verrons comment expérimenter les pratiques pour attirer de nouveaux publics.

I. Le constat de la culture de l'écran des nouvelles générations

Nous allons dans un premier temps établir le constat général de la culture de l'écran chez les nouvelles générations et son impact sur celle-ci. Avant toute chose, il est important de noter que certains éléments cités dans cette partie sont toujours valables, mais qu'ils retracent les interprétations en 1997 et 2008 par Donnat, O. au travers de l'étude sur Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique Éléments de synthèse 1997-2008. Elles sont donc à prendre avec un certain recul, en tenant compte des évolutions émergentes ces 17 dernières années. Pour contraster ces analyses passées, nous allons exploiter les données de l'enquête sur les pratiques culturelles menée tout au long de l'année 2018, auprès d'un échantillon de plus de 9 200 personnes en France métropolitaine7.

A. De la dématérialisation à l'économie de la gratuité : transformation des objets culturels

Premièrement, de la dématérialisation à l'économie de la gratuité : transformation des objets culturels. Nous ne pouvons ignorer l'action du numérique sur les pratiques culturelles, tant sur la création, la diffusion et la consommation. Ici nous nous intéressons d'abord à la consommation de celles-ci.

Selon Olivier Donnat et Florence Lévy4, il existe un réel détachement vis à vis des supports physiques au profit des formats numériques, plus accessible et en plus large quantité. Les jeunes, qui achètent peu de journaux papier ou de CD, se tournent davantage vers les contenus en ligne (YouTube, plateformes VOD…).

Donnat, O. dans son étude3 nous explique que la jeune génération ne regarde plus la télévision autant qu'en 1997 (cela se confirme avec l'étude effectuée en 2018 par le Ministère de la Culture, publiée en 20205) mais consomment davantage de contenus sur des plateformes gratuites à la demande comme Youtube.

À cela, nous pouvons mentionner également que l'accès aux contenus peut se faire via des téléchargement illégaux et la distance géographique n'est en aucun cas un frein d'accès au contenu culturel numérique. Tout cela renforce l'idée d'une gratuité ou d'un coût invisible pour l'utilisateur. En somme, la nouvelle génération est en quête d'ultra-personnalisation, elle souhaite accéder au contenu qu'elle veut, au moment où elle en a envie, et gratuitement.

Par conséquent, les jeunes fréquentent de moins en moins les lieux culturels qui accueillent les arts vivants. Cette analyse se confirme avec l'étude de 20185 : on observe que chez les jeunes de 20-24 ans, le pourcentage de personnes ayant assisté à un concert ou à un spectacle ces 12 derniers mois a baissé de 16 points depuis 2008. Pour les 15-19 ans, ce chiffre est un peu plus élevé (46% contre 33% en 2018). Cela peut s'expliquer par les sorties culturelles organisées dans le cadre scolaire.

B. Une révolution numérique à relativiser mais déterminante

Deuxièmement, la révolution numérique est à relativiser, mais reste déterminante pour les jeunes générations. Dans l'enquête de 2008 par le ministère de la culture6 reprise par O.Donnat en 20093, les statistiques nous font remarquer que malgré l'émergence du numérique, les spectacles d'arts vivants sont encore prisés.

À noter que cette donnée prend incarne tous les âges représentés dans l'enquête : les baby-boomers restent très engagés dans les sorties culturelles et atténuent la baisse globale des pratiques "pré-numériques", évitant ainsi un bouleversement radical des consommations culturelles3. En effet, les moins de 35 ans délaissent davantage certaines sorties culturelles, ces observations témoignent de l'impact fort du numérique sur ce segment de la population.

Face à ces observations alarmantes, l'État a récemment mis en place un système incitant les jeunes à s'ouvrir à la culture. Depuis 2020, à leur 18 ans, chaque jeune se voit offrir une carte d'une valeur de 300 € à dépenser dans les espaces culturels partenaires. Le Pass Culture donne l'accès aux jeunes à des sorties culturelles à moindre coût. Dans mon cas personnel, ayant bénéficié de ce dispositif, j'ai pu avoir une carte de cinéma illimité pour une durée de 6 mois grâce au Pass Culture. J'ai pu également participer à 2 festivals de musique, alors que je n'en n'avais encore jamais fait l'expérience.

Bien que l'État facilite l'accès à la culture aux jeunes générations, il est important que l'industrie culturelle des arts vivants s'adapte à ce nouveau public exigeant face à la diversité disponible sur les supports numériques. Peut-être ont-elles déjà commencé à le faire…

II. L'impact des technologies numériques sur la production et la diffusion des arts vivants

Dans un second temps, nous allons parler de l'impact des technologies numériques sur la production et la diffusion des arts vivants. Les arts vivants ont toujours su évoluer au fil du temps, s'adaptant aux nouvelles pratiques et aux innovations technologiques. Aujourd'hui, le numérique ne se contente plus d'être un simple outil de diffusion : il transforme la manière dont les œuvres sont créées, produites et perçues par le public. De nouvelles formes d'art émergent toujours plus innovantes.

A. Le numérique réinvente la scénographie et les formes d'arts

Premièrement, de nouvelles formes d'art et de scénographie naissent avec les pratiques numériques. Les pratiques numériques s'intègrent parfaitement aux arts vivants, ils donnent naissance à des œuvres hybrides dans lesquelles la technologie prend pleinement sa place et devient un facteur clé du spectacle.

C'est le cas du spectacle Pixel de Mourad Merzouki9 : les danseurs pratiquent leur art dans un décor totalement numérique et même interactif. Notamment grâce au mapping vidéo, qui vient créer un flou entre le réel et le virtuel. Cette fusion entre la danse hip-hop et les projections pixélisées, Mourad Merzouki a su utiliser le numérique de manière à l'intégrer parfaitement dans l'œuvre, qu'il en devient un partenaire à part entière du mouvement des autres danseurs.

Dans une approche similaire, nous pouvons citer l'œuvre Tree of Codes11, mise en scène par Wayne McGregor en collaboration avec le plasticien Olafur Eliasson et le musicien Jamie xx. Celle-ci immerge les spectateurs dans un jeu de miroirs et d'illusions. Ici, le numérique redéfinit totalement l'espace scénique pour faire voyager son spectateur dans une autre dimension sensorielle, les jeux de lumières, les miroirs et la musique sont parfaitement amenés pour créer cette énergie mêlant art vivant et numérique.

De plus, les technologies telles que la réalité augmentée, les projections en temps réel et les capteurs de mouvement amplifient les intéractions entre les artistes et leur environnement. Klaus Obermaier l'a bien compris, il est le pionnier de ces pratiques innovantes de l'industrie culturelle. Il développe des performances dans lesquelles les corps des danseurs ne font qu'un avec les images projetées, Apparition10 est le parfait exemple de l'intégration du numérique dans les arts vivants. "Est-ce l'écran ou les interprètes qui dirigent l'action ? On n'a jamais pu le dire et la question est devenue redondante dans cette « œuvre interactive de danse et de technologie »10.

Pour citer un dernier exemple d'œuvre, on s'intéresse ici aux concerts de musique en live avec le groupe Massive Attack13. Ils jouent en direct avec des lumières synchronisées et des visuels numériques pour créer des spectacles multisensoriels. Les musiciens solos, quant à eux, utilisent des loopers et des effets numériques pour créer des environnements sonores uniques et complexes, en direct.

B. Révolution de la production : collaboration et compétences

Comme abordé en première partie, les pratiques numériques ont bouleversé les manières de consommation de la culture, mais elles bouleversent également la création artistique. Celle-ci s'éloigne de son schéma traditionnel, aujourd'hui un spectacle n'est pas le travail d'un unique metteur en scène, il se crée sur la base de collaborations étroites entre des compétences artistiques et techniques.

En effet, ingénieurs, graphistes et développeurs collaborent avec les metteurs en scène et chorégraphe. C'est le cas par exemple un spectacle comme Tree of Codes, présenté précédemment, est le fruit de la collaboration entre des artistes visuels (Olafur Eliasson and Mercury Prize-winning), des musiciens (Jamie xx) et des techniciens spécialisés dans les effets de lumière et la scénographie interactive. Ces équipes pluridisciplinaires travaillent ensemble pour concevoir des expériences immersives, où la technique et l'esthétique se complètent.

De plus, les lieux sont adaptés pour accueillir ces nouvelles œuvres. De nombreuses salles de spectacles se modernisent en intégrant des équipements numériques de haute qualité afin de garantir l'effet d'immersion souhaité. Le développement de ces équipements représente un coût important, mais, là encore, le numérique joue un rôle essentiel. Les nouvelles méthodes de financement telles que le crowdfunding ou encore des partenariats avec des entreprises spécialisées dans le numérique permettent de faciliter l'accès à ces nouvelles pratiques numériques, ainsi de les démocratiser.

C. Diffusion élargie : vers de nouvelles audiences

Les pratiques numériques révolutionnent également la manière de diffuser et de consommer les spectacles. Avec ce nouveau jeune public, il est indispensable de s'ouvrir à de nouveaux modes de présentation et de ne pas se limiter aux salles de spectacles. La diffusion sur des plateformes numériques telles que Youtube, le live ou les réseaux sociaux numériques, promettent une visibilité accrue et de toucher un public bien plus large que la portée locale.

En ce sens, les compagnies utilisent désormais les réseaux sociaux en créant du contenu autour de leur spectacle dans le but de cibler un public plus jeune, habitué à consommer du contenu en ligne. Certains spectacles vont encore plus loin en intégrant des interactions en direct, où le spectateur peut influer sur le déroulement du spectacle via des applications ou des systèmes de vote en temps réel.

Dragon Quest Live Spectacle Tour15, est un spectacle basé sur le célèbre jeu vidéo Dragon Quest, au Japon. Pendant la représentation, le public pouvait utiliser son smartphone pour voter en direct sur des choix de l'histoire, affectant ainsi le déroulement du spectacle et le destin des héros. Les innovations artistiques permettent d'envisager une nouvelle forme de participation des spectateurs.

Ces évolutions questionnent la place du public dans les arts vivants, la fine frontière entre spectateurs et interprètes et ouvrent une nouvelle façon de vivre le spectacle vivant.

III. Expérimenter les pratiques pour attirer de nouveaux publics

Dans cette troisième et dernière partie, nous allons nous pencher sur l'adaptation des arts vivants de l'industrie culturelle aux pratiques numériques pour attirer un public plus jeune. Désormais immergés dans une culture de l'écran, les jeunes spectateurs recherchent instantanéité, interactivité et immersion, des attentes auxquelles les arts vivants doivent s'adapter.

A. Un public en mutation : de la culture de l'écran à la scène

Dans l'industrie culturelle, les pratiques numériques ont profondément modifié les attentes du public. La consommation de contenus à la demande sur les plateformes de streaming et les réseaux sociaux a créé l'habitude de tout avoir dans l'instant, d'avoir le choix du contenu à consommer, combien de temps et où le consommer. Ces habitudes changent la perception du spectacle vivant, qui peut paraître comme contraignant et long face à cette flexibilité numérique accrue.

C'est cette liberté là que les jeunes générations recherchent. Il y a là une opportunité pour les arts vivants : jouer sur l'instantanéité et la stimulation constante. Il faut cependant prendre un certain recul quant à ces habitudes et aux générations de population.

En effet, ces mutations ne sont pas uniformes selon celles-ci, il existe encore un large public en quête des pratiques culturelles traditionnelles, qui s'oppose aux nouvelles. En revanche, les pratiques numériques au sein des spectacles des arts vivants peuvent créer un engagement collectif autour de ces spectacles innovants, attirant de nouveaux spectateurs qui ne seraient pas naturellement allés voir des spectacles d'arts vivants plus traditionnels.

B. Nouvelles stratégies de communication et de programmation

L'une des premières réponses à ce défi réside dans l'adaptation des stratégies de communication. Désormais, les compagnies de spectacle et les institutions culturelles investissent leur temps et leurs moyens sur les réseaux sociaux comme Instagram, TikTok ou YouTube pour toucher un public plus jeune.

Ces plateformes permettent de diffuser du contenu tels que des teasers, des extraits en coulisses ou des interviews exclusives avec les artistes, créant ainsi une connexion plus forte avec la communauté. Un exemple frappant est Punchdrunk15, une compagnie spécialisée dans le théâtre immersif, qui utilise les réseaux sociaux et les formats vidéo courts pour susciter l'envie et le mystère autour de ses spectacles. En intégrant une dimension interactive à leur communication, ils parviennent à capter un public habitué aux expériences numériques engageantes.

Outre la communication, la programmation des spectacles évolue également pour attirer de nouvelles audiences. Certaines compagnies utilisent le mapping vidéo, la réalité virtuelle et augmentée, intégrant ces nouvelles technologies pour offrir des expériences plus immersives. D'autres misent sur des offres promotionnelles ciblées, comme la billetterie dématérialisée, les tarifs réduits pour les étudiants ou encore l'utilisation du Pass Culture, qui permet aux jeunes de découvrir des spectacles gratuitement ou à moindre coût.

C. L'expérience spectateur : immersion et participation

L'intégration du numérique ne se limite pas à la communication et à la scénographie : elle transforme également la manière dont le spectateur vit et interagit avec le spectacle. L'émergence d'expériences dites "phygitales"17 : à la fois physique (par exemple en salle de spectacle) et digitale (par exemple, sur Internet et les plateformes des réseaux sociaux) permet d'enrichir l'expérience scénique.

Des captations en streaming interactif permettent au public de commenter en temps réel ou de choisir certains éléments du spectacle via des outils numériques. D'autres spectacles, comme ceux de Klaus Obermaier10, offrent une interactivité poussée où les mouvements du public influencent directement la mise en scène et les effets visuels en temps réel.

Ces innovations encouragent la création de véritables communautés spectatrices, où les spectateurs prolongent leur expérience en ligne grâce aux live-tweets, forums de discussion, ou même masterclasses virtuelles avec les artistes. Cette interactivité donne une nouvelle dimension au spectacle, transformant le public en acteur de l'événement.

Cependant, cette révolution numérique pose une question cruciale : comment préserver l'essence du spectacle vivant ? Si les nouvelles technologies enrichissent l'expérience, elles ne doivent pas dénaturer la spontanéité, l'émotion et l'unicité du « live ». L'enjeu est de trouver un équilibre subtil, où la technologie sert l'expérience sans la dominer.

Enfin, une problématique demeure : celle de l'inclusivité et de la fracture numérique. Tous les spectateurs n'ont pas accès aux outils numériques ou ne maîtrisent pas ces nouvelles interfaces. Si l'innovation permet de toucher de nouveaux publics, elle risque également d'en exclure certains, rendant indispensable une réflexion sur l'accessibilité des spectacles numériques.

Conclusion

L'intégration du numérique dans les arts vivants a profondément transformé leur production, leur diffusion et leur réception. Cette mutation ne se résume pas seulement à l'usage de nouvelles technologies : elle redéfinit la manière dont les artistes créent, interagissent avec le public et s'adaptent aux nouvelles attentes des spectateurs.

Aujourd'hui, les pratiques numériques offrent des opportunités inédites, tant sur le plan esthétique avec des œuvres hybrides mêlant projections interactives, capteurs de mouvement et réalité augmentée que sur le plan de la démocratisation culturelle. Les spectacles s'émancipent de leur cadre scénique traditionnel pour s'étendre aux plateformes numériques, touchant un public bien plus large et diversifié.

Cependant, cette révolution numérique s'accompagne de défis majeurs. D'un côté, elle favorise l'innovation et l'expérimentation artistique, ouvre les scènes aux générations hyper-connectées et modernise les stratégies de communication et de diffusion. De l'autre, elle soulève des interrogations sur la préservation de l'essence même du spectacle vivant.

Si l'expérience immersive et interactive séduit un public en quête d'instantanéité et de personnalisation, comment préserver la spontanéité, l'émotion brute et l'authenticité du « live » ? De plus, la fracture numérique et l'accès inégal aux outils digitaux posent un problème d'inclusivité : à force de se numériser, l'art vivant risque-t-il d'exclure une partie de son public ?

Finalement, le numérique n'est ni une menace, ni une solution miracle : il est un levier d'évolution incontournable dont les arts vivants doivent apprendre à tirer parti intelligemment. La clé réside dans un équilibre subtil : conserver la singularité du spectacle tout en exploitant les potentialités numériques pour enrichir l'expérience spectateur.

Cette réflexion sur la numérisation des arts vivants s'inscrit dans une transformation culturelle plus large : celle de l'évolution des modes de consommation et d'interaction avec l'art. Aujourd'hui, les musées, les expositions immersives et même la littérature s'approprient ces outils numériques pour offrir des expériences toujours plus interactives et sensorielles. Peut-on alors parler d'une mutation globale du rapport à la culture, où la participation et l'immersion prendraient le pas sur la contemplation ? Et jusqu'où le numérique pourrait-il redéfinir notre manière de concevoir et d'apprécier l'art ?

Bibliographie

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